CROYANCES ET PERSÉCUTION

 

 

La relation entre les humains et les rapaces a une histoire dynamique. Certains les vénèrent pour leurs habiletés de chasseur, d’autres les persécutent pour cette même raison.

 

Croyances et superstitions

Historiquement, et même de nos jours, les croyances culturelles et spirituelles des humains décident du sort des espèces. Une espèce vénérée se voit souvent respectée et conservée. Les tribus qui habitent le sud de l’Australie ont une culture qui est attachée au monde animal. En effet, ces gens croient que chaque homme est représenté par une chauve-souris et chaque femme, par une chouette ou un hibou. Puisque personne ne peut savoir quelle chouette ou hibou représente quel esprit, tous ces oiseaux sont donc protégés.

Par contre ce ne sont pas tous les rapaces vénérés qui sont protégés. En Amérique du sud, le condor des Andes est un oiseau très respecté puisque l’on croit qu’il a des pouvoirs magiques. Certains peuples tuent les condors pour utiliser les plumes comme charme de guérison. En Afrique méridionale, on croit que les vautours rêvent de l’emplacement d’une carcasse. Donc, si l’on mange de la cervelle de vautour, on pourra prédire le futur. En vérité, les vautours africains repèrent leurs repas visuellement. En temps moderne, les vautours sont empoisonnés et consommés pour des gains aux courses ou aux jeux de hasard.

Si même les espèces respectées se voient tuées et sacrifiées, les espèces de rapaces que l’on considère « méchants » se voient certainement massacrés. Par exemple, plusieurs anciens peuples européens avaient peur des rapaces nocturnes et les associaient avec la mort. Par conséquent, ils tuaient les chouettes et les hiboux, et clouaient leurs carcasses aux portes et clôtures afin d’éloigner les mauvais esprits et les ennemis.

Les rapaces sont souvent liés aux croyances religieuses. Les Amérindiens Kwakiutt de la Colombie Britannique croient que deux aigles, descendus des cieux, sont devenus l’homme et la femme après avoir enlevé toutes leurs plumes. Les indigènes de l’Alaska disent qu’un aigle, aidé d’un Geai bleu, serait responsables de la création de la vie.

 

Persécution

À part notre peur et nos croyances négatives envers les rapaces, nous les avons persécutés pour des raisons bien plus concrètes. Les oiseaux de proie ont aussi été massacrés et empoisonnés parce qu’ils peuvent s’attaquer à des agneaux, aux poules domestiques ou au petit gibier que l’on aime chasser. Il n’y a pas longtemps qu’on tuait les oiseaux de proie par les millions. Dès le 16e siècle on accordait des primes de mise à mort pour protéger les animaux domestiques en Europe. L’apogée de cette boucherie fût de 1850 à 1900 à cause de la popularité de la chasse au petit gibier en Europe et en Amérique du Nord. Les grands rapaces étaient les plus visés. Jusqu’en 1960, on abattait encore des aigles directement par avion. Près de 2,000 aigles ont ainsi été tués à proximité des ranchs de moutons dans le sud-ouest américain à cette époque. Les charognards ont aussi été touchés parce qu’on peut les empoisonner avec un minimum d’effort, en mettant un poison dans une carcasse.

ENVIRONNEMENT

 

 

Destruction d’habitats, déforestation, agriculture, etc.

Le résultat de nos pratiques agricoles est un environnement uniforme, où il y a moins de variété de végétation et d’habitats. En changeant le type d’habitat, la composition des espèces de proies disponibles et, par conséquent, le type de prédateurs de cet endroit est également modifié. Les oiseaux de proie qui préfèrent les forêts et les boisés sont défavorisés; ceux qui chassent à terrain découvert, comme dans les champs agricoles, peuvent au contraire élargir leur territoire.

La fragmentation de l’habitat est aussi un facteur néfaste. Les habitats trop petits et trop isolés rendent la reproduction plus difficile, soit pour les individus de se rencontrer, soit pour trouver assez de proies pour nourrir la famille. La dégradation de l’environnement, due à la pollution, à l’agriculture et à la sylviculture, peut aussi diminuer les populations de proies. Dépendant de la richesse des ressources et de l’espèce en question, le territoire d’un rapace varie entre 3 km2 (crécerelle) à plus de 100km2 (aigle). Quand il y a une pénurie de proies, l’oiseau doit élargir son territoire de chasse et devient plus compétitif. Certains oiseaux peuvent mourir de faim avant de trouver leur prochain repas. La pratique agricole d’enterrer le bétail mort de maladie, afin d’éviter la contamination, empêche les vautours d’avoir accès à ces carcasses. Ainsi, ces charognards se retrouvent dans les sites d’enfouissement pour manger nos déchets de table.

Les quelques espèces qui nichent parfois sur le sol des terres cultivées, comme le Busard saint-martin et la Chevêche des terriers, sont vulnérables pendant le temps des récoltes. Seulement les fermiers consciencieux font attention de déplacer un nid au lieu de le détruire.

Finalement, l’expansion des villes et des banlieues, et le développement industriel compromettent la survie des rapaces, non seulement en détruisant leur habitat, mais aussi en les exposant aux humains qui peuvent faire échouer la nidification de ces oiseaux discrets. Si un couple est trop souvent dérangé, ils peuvent délaisser leur nid même s’il y a déjà des œufs pondus.

 

Pesticides et métaux lourds

Jusqu’à présent, une des plus grosses menaces à la survie des rapaces a été l’utilisation des pesticides puissants. Les pesticides les plus nuisibles aux oiseaux de proie sont les organochlorés comme le DDT et les cyclodiènes. Ils sont néfastes parce qu’ils sont toxiques et très stables, c’est-à-dire qu’ils ne se dégradent pas et restent longtemps dans l’environnement. Ils se dissolvent également facilement dans les graisses et s’accumulent ainsi dans la matière grasse de l’animal qui l’ingère. Ces produits toxiques sont transférés d’un animal à l’autre dans la chaîne alimentaire et ces concentrations deviennent très élevées chez les prédateurs au sommet de la chaîne comme les oiseaux de proie. Ce processus se nomme la bioaccumulation. Les rapaces qui se nourrissent d’oiseaux et de poissons sont plus affectés que ceux qui mangent des mammifères. Une fois dans le système de l’animal, le DDT devient le DDE. Ce dérivé provoque l’amincissement de la coquille des œufs, entraînant souvent la mort des embryons. Les cyclodiènes, eux, sont très toxiques et tuent plutôt les adultes. Le DDT, qui entraîne la mort des bébés et les cyclodiènes, qui tuent les adultes, peuvent diminuer les populations d’une façon remarquable quand ils sont tous deux présents dans l’environnement d,un rapace. L’utilisation du DDT et de ses semblables a été abolie depuis que nous avons découvert leurs effets sinistres; il y a désormais de moins en moins de leurs résidus néfastes dans l’environnement.

Les métaux lourds, comme le mercure et le plomb, sont aussi des facteurs inquiétants qui empoisonnent les rapaces. On retrouve le mercure dans les engrais et dans les pesticides. Le plomb se retrouve quant à lui dans le corps des rapaces puisqu’ils vont manger les carcasses de gibier (canards, faisans, perdrix) tué par balle ou éclats de balle, et non récupérées par les chasseurs.

 

Des oiseaux utiles en agriculture et autres domaines

Il a déjà été calculé que, pendant la période de reproduction et de nidification du Hibou des marais, approximativement d’avril en juillet, un couple et leurs 4 ou 5 jeunes dévorent environ 45kg de viande fraîche, soit 1500 petits mammifères. Si l’on considère que la souris des bois a une postérité annuelle de près d’un million d’individus, il est à se demander ce qui arriverait si les hiboux et les chouettes ne s’en nourrissaient pas : une surpopulation de ces petits rongeurs !

Ces temps-ci, on aperçoit de plus en plus de couples de Faucons pèlerins qui nichent sur les corniches et les toits des grands édifices urbains, telle la tour de la Bourse de Montréal. Les faucons y vivent en s’attaquant aux milliers de pigeons qui encombrent nos villes.

À l’autre bout du monde, les bouddhistes du Tibet transportent les corps des défunts jusqu’à une haute plate-forme rocheuse dans les montagnes De là, les corps sont démembrés et coupés pour que les vautours puissent les consommer entièrement. D’autres cultures de l’Orient, comme les Parsis de l’Inde, n’enterrent pas leurs morts à cause du rôle funéraire qu’ils accordent aux vautours.

PROTECTION ET RÉHABILITATION

 

Après des décennies de persécution, nous avons finalement eu une prise de conscience en réalisant que nos actions irresponsables décimaient les populations rapaces. Il fallait presque perdre de telles espèces importantes, comme le Pygargue à tête blanche et le Faucon pèlerin, avant de se questionner sur leur disparition.

Maintenant il existe des lois pour protéger les oiseaux de proie. Il est interdit de les tuer, de les capturer et de les garder en captivité sans un permis gouvernemental.

Plusieurs institutions gouvernementales, universitaires et privées étudient, conservent et recensent les rapaces. Il est possible de capturer brièvement les oiseaux de proie sauvages pour les baguer et prendre des données (âge, poids, sexe, état de santé). Les informations ainsi récoltées aident à mieux protéger ces oiseaux.

D’autres institutions comme l’Union québécoise pour la réhabilitation des oiseaux de proie (www.uqrop.qc.ca), située à Saint-Hyacinthe, ont comme mandat de soigner et puis relâcher les oiseaux de proie sauvages. Une équipe de bénévoles et des agents de la faune du Québec apportent près de 300 oiseaux blessés par année à la Clinique des oiseaux de proie de la Faculté de médecine vétérinaire du Québec.

Pour savoir quoi faire avec une bague trouvée sur un oiseau mort, contactez le Service canadien de la faune. Toute mortalité inhabituelle d’oiseaux sauvages doit être signalée à la Société de la faune et des parcs du Québec : (418) 521-3830 ou 1-800-561-1616.